« Il faut au cœur perfide un visage hypocrite. » Emile Deschamps

Lundi 19 mars nous remplissons la voiture d’un réfrigérateur et de provisions car notre future maison est quelque peu recluse dans l’intérieur des terres, près de Doon Doon, à environ une heure de route du plus proche supermarché et une partie de cette route n’est pas goudronnée. Sur place nous avons la journée pour nous installer et faire connaissance avec un helper belge déjà présent.

22 mars 2018 | 10h04

Orangers près de la maison

22 mars 2018 | 11h00

Maison rustique

La maison principale est rustique sous tous les aspects : aux trois quarts vide nous avons quand même une cuisine avec des fourneaux tournant au gaz et de l’électricité pour les réfrigérateurs. Au robinet de l’eau de source non encore filtrée que nous devons faire bouillir avant de la boire. Il n’y a pas de lumières dans toutes les pièces et le soir nous nous éclairons en partie à la bougie, jusque dans la salle de bain pour une douche à l’eau de montagne ou un tour sur les toilettes sèches. Si nous avons le luxe d’une bouilloire, elle nous servira aussi pour remplir un seau d’eau : une barre de savon de Marseille ramenée de France et en avant pour le lavage des vêtements de travail à la main. 😎

Nous sommes entourés de collines et de verdure, si le potager a disparu sous les mauvaises herbes, les orangers débordent par contre de fruits pour le petit-déjeuner ! Les soirs sans pluie, nous allumons des feux pour brûler une partie de nos déchets et le bois mort alentour, profitant du calme sous le ciel empli d’étoiles qu’aucune pollution lumineuse ne vient déranger.

21 mars 2018 | 13h23

Arrivée à Nightcape Road

22 mars 2018 | 7h36

Maison annexe

Nous sommes dehors tous les jours : ramasser le bois mort, retirer les tuteurs autour des arbres, poncer de vieilles fenêtres, ramasser les ordures accumulées par les anciens propriétaires pour en faire des tas prêts à partir à la décharge, trier les outils laissés à l’abandon, désherber. Côté plus technique c’est prendre les mesures de la maison annexe, construire un abri pour le tracteur, réparer les ponts qui enjambent les cours d’eau, installer l’électricité, une machine à laver…

6 avril 2018 | 19h30

Feu de camp

La première semaine nous partageons les lieux avec le helper belge, puis les deux semaines suivantes avec deux jeunes néerlandais, dont l’un est un artiste-peintre particulier : il pratique la peinture UV, une peinture lumineuse qui n’est visible que sous une lampe noire. Nous ne comprenons le sens de UV painter que lorsqu’il se met à travailler sur l’une de ses toiles, qui d’une déjà belle œuvre passe à un visuel magique lorsqu’il allume sa lampe noire et que des couleurs jusqu’alors invisibles apparaissent. Nous passons d’excellentes soirées avec eux entre musique et discussions, à table ou autour du feu. Quelques jours par semaine il y a deux charpentiers qui restent également sur place, l’un d’Irlande, l’autre d’Uruguay. La seule que ne nous ne voyons pas assez souvent, c’est la propriétaire. Quoi que de prime abord sympathique, nous voilà de nouveau face à quelqu’un chez qui la communication se fait étrangement. Les directives ne sont pas explicites, un jour telle tâche est la priorité, le lendemain ne l’est plus du tout… Au bout de la première semaine nous mettons en place un Kanban pour essayer de clarifier les tâches à réaliser et de mieux voir leur progression.

Mais  l’ambiance se dégrade progressivement et s’empire pendant la troisième semaine. Certaines heures n’ont pas encore été payées, elle continue d’aller et venir tel un courant d’air, à demander que des choses soient faites et après coup… à se plaindre qu’elles aient été faites, à sans arrêt remettre en question les heures de travail déjà effectuées… Après une discussion houleuse et peu satisfaisante où elle ampute des heures, nous décidons de terminer ce qui a été entamé et d’arrêter l’expérience la semaine suivante.

7 avril 2018 | 17h42

Derniers jours à Nightcape Road

7 avril 2018 | 17h43

Travail sur la terrasse

Nous avons gardé contact avec nos derniers hôtes avec qui nous avons tellement sympathisé qu’ils avaient envisagé de nous louer le granny flat si nous ne trouvions rien d’autre. Lorsque nous leur racontons nos derniers déboires, ils nous répondent de ne pas quitter les lieux sans notre paie, quitte à menancer de débrancher l’électricité mise en place ou à jeter de la peinture sur les fenêtres poncées 😀 ! Nous n’irons pas jusque là mais faisons un sitting après la dernière entourloupe de la propriétaire qui nous propose d’abord de nous rejoindre à la banque… Elle revient enfin mais a encore retiré des heures. Quoi que révoltés par la fourberie et écœurés par ce manque d’honnêteté, nous nous décidons à partir de cet environnement devenu malsain. Nous quittons la demeure sans un au revoir avec littéralement notre réfrigérateur sous le bras et lésé chacun d’environ deux cent dollars.

 

Sur la route du retour nous échafaudons de multiples plans de vengeance où nous récupérons nos heures volées, plus pour faire retomber la pression que pour préparer une réelle exécution. 😉  Nous mettrons rapidement cette nouvelle expérience derrière nous, aidé par l’accueil de nos parents australiens adoptifs qui nous remontent bien vite le moral avec apéritif et dîner le soir même ! 🙂

Dans deux semaines un ami français vient nous rendre visite et nous avons prévu de l’emmener sur la côte du Queensland. Nous nous réinstallons donc dans le petit F1 que nous prévoyons de louer jusqu’au prochain départ. Monsieur trouve un peu de travail et pendant que je termine le mien en tant que freelance, je travaille aussi un peu dans le jardin de nos propriétaires, chaque heure travaillée étant déduite du loyer. La différence est flagrante, nous sommes bien mieux logés ici, je ne connais que peu de propriétaires qui partagent les œufs de leurs poules, vous amènent les restes des repas, vous offrent de la confiture faite maison, des légumes de leur potager et vous invitent régulièrement à manger ! 😎

 

Je l’appellerais plutôt Doom Doom, cet endroit pourtant magnifique où le panoramique de verdure et de pic solitaire saisit, que ce soit le matin, le soir, nuageux, pur bleu ou nuit enlunée (Oui, néologisme je présume).

Je me suis plutôt décarcassé pour cette emplumée qui nous paierait éventuellement quand les poules auraient des dents. Encore une pervenche perverse, et nous, des bon pigeons. Roule coule.

Nous avons travaillé dur en croyant à ce projet, ma sueur et mon ADN laissés sur le site le prouvent, s’il y en a qui veulent vérifier  😉

Je me rappellerai certainement toujours cette image de notre départ avec un frigo et un grille-pain dans les mains, tels des déménageurs… Sans dire merci… C’est pas très poli*.

*En même temps si j’ouvrais la bouche cela aurait probablement été pour dire autre chose  😉

 

 

 

 

2 Comments on “« Il faut au cœur perfide un visage hypocrite. » Emile Deschamps”

  1. Hello ! A votre arrivée dans un cadre aux abords sympathiques vous décrivez une maison rustique sous tous les aspects sans imaginer que c’était jusqu’au bout des ongles 😉 Bises

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