« Mieux vaut tuer un innocent par erreur que d’épargner un ennemi par erreur. » Pol Pot

Entre fatigue du voyage, décalage horaire et les quelques Angkor à la pression d’hier, nous faisons une grasse matinée bien méritée. Après une douche, nous nous rendons compte que nous sommes quelque peu affamés, n’ayant rien mangé hier soir. A l’angle de notre rue, l’Alien restaurant nous accueille chaleureusement et nous régale de plats extrêmement copieux pour le prix : pancake – omelette – aux champignons longs et blancs, chou kale et crudités.

Si les thaïlandais étaient souriants, je trouve pour l’instant certains cambodgiens encore plus aimables, montrant un intérêt qui semble sincère à la personne qui leur fait face. Ils rient à chaque fois que nous leur parlons khmer – enfin parler est un grand mot, nous nous contentons de bonjour, merci et avons appris depuis hier au revoir et tchin-tchin !

Retour à la guesthouse pour demander notre chauffeur de tuk-tuk d’hier et réserver le car pour notre départ demain matin. Déçus de voir arriver un autre chauffeur qui parle encore moins anglais, nous nous en accommodons et nous laissons amener à un premier bureau de change. Ronald montre qu’il souhaite changer 180 euros pour des dollars américains et l’homme nous montre la somme de 120 sur sa calculette. Pensant qu’il nous montre les dollars qu’il donnerait, nous refusons et essayons de lui faire comprendre que l’euro est plus fort que le dollar. Il écrit 180, nous refusons toujours et pensant qu’il essaye de nous arnaquer nous allons voir à d’autres stands. Pendant que Ronald va plus loin, une dame retape 120 sur sa calculette et j’essaye de lui demander ce qu’elle veut dire par là… Mais la lumière se fait seule dans mon cerveau, c’est le taux de change qu’ils inscrivent en omettant la virgule ! C’est la où est Ronald que nous échangerons à un taux de 1,22 dollars pour un euro. Donc ne pas hésiter à comparer !

Dollars en poche, nous revoilà dans la circulation de Phnom Penh, une capitale plus aérée et moins décrépite que Bangkok mais qui reste une accumulation de bâtiments hétérogènes aux rues débordant de détritus, rappelant Glasgow ! Nous nous éloignons du centre et la nature reparaît par endroit, avec son lot de plastique et de maisons construites parfois de bric et de broc, mais où les gens ont l’air de vivre tranquillement. Nous apercevons parfois un petit bout de jardin où un homme cultive.

31 janvier 2018 | 15h54

En attente de leur exécution...

31 janvier 2018 | 16h14

Stupa et anciennes fosses

Après une dizaine de kilomètres nous arrivons à destination : le mémorial du génocide de Choeung Ek, plus connu sous le nom de Killing Fields. Pour la suite de l’article, âme sensible s’abstenir.

31 janvier 2018 | 16h06

Branches utilisées comme scie...

31 janvier 2018 | 16h09

Tombe

Trois dollars l’entrée et trois dollars pour le guide audio – essentiel. Casques aux oreilles, nous écoutons le guide se présenter puis commencer son histoire. Choeung Ek est l’un des trois cents terrains d’exécutions et charniers créés par les Khmers rouges sous le régime ultra-communiste du Kampuchea Démocratique de Pol Pot, entre 1975 et 1979. En ce seul lieu, environ 20 000 personnes, cambodgiens pour la plupart mais aussi quelques étrangers, ont été massacrés à l’aide de haches, pieux ou autres outils habituellement utilisés pour l’agriculture. Les armes à feux coûtaient trop chères et la musique qui tournait à plein volume n’aurait peut-être pas couvert les détonations… Elle couvrait par contre les cris des victimes. A travers le reste du pays c’est entre 1,7 et 3 millions de morts : opposants politiques, membres de l’armée régulière et de la police, minorité ethnique, « intellectuels », photographes de presse… mais aussi leurs familles.

31 janvier 2018 | 16h21

Au dehors de Choeung Ek

31 janvier 2018 | 16h47

Restes humains

Souvent à peine descendus du camion qui les avaient menés à Choeung Ek, les prisonniers étaient exécutés et jetés dans des fosses, puis couverts de produits chimiques pour couvrir l’odeur ou achever les survivants. Aucune distinction n’était faite : vieux, jeunes, femmes, enfants, bébés… Les hommes qui exécutent ces ordres sont généralement enrôlés de force, se retrouvant devant le choix de tuer ou d’être tués…

31 janvier 2018 | 16h18

Contraste à Choeung Ek

31 janvier 2018 | 16h39

Killing Tree

Débutant la visite, il est d’abord difficile de s’imaginer ces horreurs tant le lieu est charmant, mais très vite, plus on avance, passant devant les traces des fosses et les tombes, en écoutant notre guide et des témoignages, le froid se fait et notre gorge se sert devant le « killing tree » où de petits crânes ont été fracassés pour ne laisser aucune descendance susceptible de chercher revanche…

31 janvier 2018 | 16h59

Macabre recensement

31 janvier 2018 | 17h07

5000 crânes

J’ai la même sensation qu’au camp de concentration de Majdanek en Pologne, il fait chaud dehors mais mon corps est parcouru de frissons. Nous terminons notre tour devant le funèbre stupa – architecture bouddhiste et jaïna – élevé en l’honneur des victimes. Nous n’irons rien visiter d’autre et rentrons à l’auberge.

Le soir nous mangeons dans notre quartier et nous baladons un instant dans les rues de Phnom Penh avant de rentrer pour ne pas se coucher trop tard, demain une navette vient nous chercher vers sept heures du matin pour nous amener à la station des bus Sorya…

Que dire, la messe est dite … Ah non plus de culte ! Ils ont tout de même réussi à vider la capitale en deux jours prétextant un éventuel bombardement américain – faut dire que les bombes dépassaient régulièrement les frontières du Vietnâm.

Je crois que cet empaffé voulait créer un espèce d’Uberpaysan au départ … Comme toute idée radicale ça finit toujours en massacres et autres dénonciations.

Pour mémoire, ce boucher est mort à 73 ans dans son assignation à résidence (peut-être empoisonné – il ne devait pas manquer d’ennemis, même de son bord … personne n’est le pote de pol !)

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