“Pour longue que soit la route, elle conduit toujours en un lieu habité.” Massa Makan Diabaté

Nous revoilà sur la route où la forêt tropicale laisse rapidement la place à des arbres plus clairsemés qui sur la terre ocre poussent entre les brins d’herbe jaunie, nous rappelant les couleurs et l’aspect de certaines régions du sud de l’Australie que nous avons traversées il y a six ans. Sur plusieurs kilomètres le sol est couvert de termitières aux formes, tailles et teintes variées ; d’impressionnantes constructions de terre et de salive de termites cuites au soleil – les constructions, pas les termites 😛 – qui sont un bel exemple de climatisation naturelle.

29 juin | 11h29

On the road again... vers Lakeland

30 juin | 13h38

Termitières sur la Savannah Way

Nous faisons un plein de diesel à Lakeland pour pouvoir rouler jusqu’à Mareeba, prochaine grande ville sur notre itinéraire où nous faisons nos premières grandes courses depuis un mois. Le coffre plein nous longeons la région des Tablelands et le lac Mitchell jusqu’à la ville de Ravenshoe où la Kennedy Highway oblique vers l’Ouest et l’aire d’Archer Creek où nous passons la nuit, retour à la vie nomade ! 😀

Dans la matinée du mardi 30 juin nous laissons la Kennedy Highway et la pluie derrière nous lorsque nous bifurquons sur la Savannah Way. Les nuages sont toujours présents, donnant au ciel une teinte grise-indigo et aux feuilles des arbres un doux vert-bleu, ils nous protègent aussi du soleil encore chaud malgré le fait que les mois de juin, juillet, août soient les plus frais dans la région (17-27° contre 20-32° le reste de l’année), mais ses rayons font parfois briller la campagne alentour d’un beau jaune doré.

30 juin | 13h37

TS à Cumberland

30 juin | 11h05

Savannah Way

La route est en cours de développement, en pointillé nous passons d’une double-voie goudronnée à une simple centrale aux bas-côté de terre. Lorsque nous croisons une voiture, chacun ralentit – pour éviter les projections de gravier – et se décale pour que les roues gauches se trouvent sur la piste, mais si c’est un camion ou pire encore un road-train – gros poids lourds tractant trois, parfois quatre remorques et pouvant faire bien cinquante mètres de long – on se pousse complètement leur laissant sans hésitation aucune la jouissance de cette petite bande de goudron ! 🙂

Nous traversons la première ville du Golfe de Savannah : Mont Surprise, centre minier – topaze, quartz, grenat, aigue-marine, etc. – sur l’ancienne ligne ferroviaire reliant Cairns à Forsayth. Plus à l’Ouest, nous nous arrêtons à Georgetown pour un tour à son centre d’informations, son sympathique Op Shop – magasin d’occasions – et sa station essence la moins chère – toujours faire le tour de la ville avant de faire un plein, les prix varient ! A l’époque le coin était appelé « Poor Man’s Goldfield » – les champs d’or du pauvre – car les pépites d’or pouvaient être trouvées dans le sol sans avoir besoin d’équipement coûteux. Nous pique-niquons vingt kilomètres après la ville, à côté de la Cumberland Chimney, vestige d’un site minier à côté d’un trou d’eau – billabong – et au milieu des champs de termitières que je préfère prendre en photos plutôt que la classique cheminée qui n’a guère d’intérêt.

30 juin | 13h30

Billabong à Cumberland

30 juin | 13h37

Paysage de la Savannah Way

Nous ne faisons que quelques kilomètres supplémentaires pour passer la fin de journée et la nuit non loin du fleuve Gilbert, complètement à sec en cette saison. Alors qu’une lune presque pleine se lève, un astre attire notre attention, au moins une dizaine de fois plus brillant que ses voisins nous nous demandons si ce n’est pas une planète que nous observons…

Le premier jour de juillet, après un petit-déjeuner avec le soleil levant nous roulons jusqu’à la bourgade de Croydon, croisant kangourous et émeus – que nous n’avions pas vu depuis le 25 décembre 2008 – sur la route. La ville a cent ans de plus que moi, établie en 1886 après que Walter et Dick Aldridge aient découvert de l’or alors qu’ils creusaient le sol pour installer des poteaux de barrières autour de l’élevage de vaches de Croydon Downs. Nous faisons un tour à son lac dont le panneau promet la baignade mais une fois devant, un autre écriteau nous en dissuade : peut-être que la note est moins salée avec les crocodiles d’eau fraîche – freshy pour les intimes – mais nous n’irons pas vérifier ! 😮

1er juillet | 9h42

Ronald au lac de Croydon

1er juillet | 9h48

Baignade au lac de Croydon ?

Cent quarante-huit kilomètres plus loin, dans la ville de Normanton, c’est un autre gabarit que nous rencontrons : la réplique de Krys, le crocodile estuarien le plus grand jamais capturé : huit mètres soixante-trois pour environ deux tonnes, charmant ! Nous pique-niquons en sa compagnie avant de poursuivre notre chemin en direction du Sud : nous quittons la Savannah Way pour s’engager sur la Matilda Highway. Le paysage est changeant, les arbres se raréfient pour ne devenir que de petits arbustes s’étendant à perte de vue. Nous nous octroyons un bref arrêt à la Roadhouse de Burke et Wills – qui dirigèrent la première expédition traversant l’Australie du sud au nord en 1860 – pour le diesel et déguster une glace puis roulons quelques kilomètres de plus avant de nous arrêter en plein bush pour la nuit. Au programme encore un superbe coucher de soleil, notre planète mystérieuse avec sa voisine et une énorme lune qui transforme la nuit en demi-jour.

1er juillet | 11h48

Ronald et Krys à Normanton

1er juillet | 18h32

Coucher de soleil à Gilbert River

Le lendemain matin, les petites mouches – bushflies – agaçantes d’hier sont déjà au garde à vous et nous font fuir les lieux jusqu’à Cloncurry où nous pouvons déjeuner tranquillement dans un parc sur les coups de dix heures. Cent vingt-deux kilomètres après nous profitons des services du centre d’informations de Mount Isa : nous voulons vérifier que la route que nous avons choisi pour nous rendre à Alice Springs est praticable. Plutôt que la route principale goudronnée c’est sur les environs cinq cent kilomètres de terre de la Plenty Highway que nous roulerons vers le centre rouge de l’Australie. Il existe une autre piste : la Sandover Highway qui semble plus longue et que l’aimable employée d’Outback at Isa confirme être plus difficile. Après avoir profité du Wi-Fi gratuit et des étagères remplies de livres en libre-échange, nous prenons la direction d’Urandangi, dernier village avant la frontière Queensland – Territoire du Nord. Une fois sur la piste, le paysage semble devenir immense et vide autour de nous, s’étendant platement sur des kilomètres à la ronde. Les capots décorés de divers messages qui ponctuent la route nous mènent sains et saufs au pub d’Urandangi où lorsque nous commandons nos deux bières nous voyons passer derrière le bar, le plus naturellement du monde, un kangourou gris. En réponse à nos sourires, la tenancière nous dit que c’est l’un des nombreux qu’elle a ici et nous demande si nous avons déjà tenu un bébé kangourou. Non ? Eh bien voilà qui est fait maintenant : elle nous met dans les bras un jeune mâle qui commence a vouloir sauter plutôt que d’être câliné et une femelle de deux semaines qui aimerait peut-être bien trouver une poche à sa taille dans votre chemise. Nous ne lui avons pas demandé mais nous supposons que ce sont là des orphelins… vu le nombre de cadavres que nous croisons sur la route. 🙁

2 juillet | 15h38

Premier capot sur la route d'Urandangi

2 juillet | 16h52

Claire et jeune kangourou !

Elle nous indique les douches solaires gratuites ainsi que les coins sympathiques où nous pouvons passer la nuit et après un brin de conversation avec elle et l’un des aborigènes locaux nous allons nous installer au Rocky Hole Camp pour encore une fois observer un sublime coucher de soleil. Les couleurs sont incroyables ce soir : de bleu clair profond le ciel se voile de pourpre tandis que l’horizon s’embrase d’un orange vif.

Ah Urandangi, site on ne peut plus représentatif de l’Australie centrale ; un pub (avec des bières que en canette) avec une bande d’aborigènes bourrés complet, dont un qui me débite avec sa nourriture encore dans la barbe, la méchanceté du clan de l’autre côté de la frontière, je me sens comme chez moi (cf Amstel Pub hahaha).

Commentaires (10)

  1. sylvie mayayo
    Toujours aussi agréable de vous suivre, surtout quand on attend impatiemment les vacances !!!
    Profitez bien et continuez à nous faire voyager et rêver.
    bises
  2. Claire (Auteur de l'article)
    Un petit signe de nos lecteurs nous donne toujours envie de continuer à partager. 😉 Des bises du Territoire du Nord !
  3. Uncle Marc
    Super. Vous en faites des bornes .. Les comptabilisez vous ?
    J’ouvre toujours une carte en parallèle pour voir où vous êtes, dans quel sens vous allez .. Un petit coup de « street view » quand c’est possible .. d’ailleurs Urandangi n’est pas répertorié .. seulement Urandangi Airport ..
    Pour la planète j’ai vaguement entendu parlé de quelque chose, mais comme je ne suis pas l’actualité je ne saurai vous aider .. mais suis intéressé ..

    Take care

  4. Raymonde et Adrien
    Claire as-tu chanté une berceuse au petit kangourou ? Continuez à nous régaler avec vos récits variés et toujours agréables. Bons baisers.
  5. Claire (Auteur de l'article)
    Non, mais il suffira d’une soustraction à la fin du road-trip en regardant les kilométrages au compteur puisque nous avons ceux affichés à l’achat du véhicule.

    Urandangi est vraiment petit, il y a juste un pub, pas de boutique, encore moins un bâtiment administratif quelconque ! Beaucoup de « villes » se résument à une pompe à essence devant une roadhouse et deux maisons de tôles sur les côtés !

    Pour la planète… eh bien la réponse est à venir dans un prochain article ! 😉

  6. Claire (Auteur de l'article)
    Le premier était trop actif pour écouter une berceuse, peut-être que la petite femelle aurait apprécié ! 🙂 Merci de votre suivi inflexible ! Bises.
  7. Brigitte Coulouvrat
    Coucou vous deux!!! je vous envie de plus en plus!!!!! mais Marc n’est pas encore prêt à vivre l’aventure….. ce que vous vous autorisez vous laissera des souvenirs magiques pour toute votre vie… Aussi, je vous souhaite encore de jouer les routards encore de longues années!!! Je vous embrasse!
    Brigitte
  8. Claire (Auteur de l'article)
    Trois mois en Australie il y a six ans nous ont donné envie de vivre ainsi… Une année sur les routes d’un pays étranger donne envie de dévorer le reste du monde ! 😀
  9. stephen
    hello
    y a t il a cote de ton etoile tres brillante une autre qui l est un peu moins ?
    si c est le cas il s agit de jupiter en venus
    big bises !!
    ps pfff j aurai cru Ronnie plus hardi !!! rhooo il a peur d un pti croco de 4 ou 5 m maintenant?
  10. Claire (Auteur de l'article)
    Hello ! La réponse pour les deux astres était à venir dans le prochain article mais oui tu as tout à fait raison, Vénus brillait plus ou moins pareil des deux côtés mais c’était sa taille qui était impressionnante, on aurait dit un lampadaire accroché dans le ciel. 😀 De jour en jour elles se sont éloignées l’une de l’autre et ont diminué d’intensité.
    Tu verras dans un prochain prochain (etc. 😳 ) article que nous nous sommes finalement baigné au mépris de la potentielle présence de crocodiles !

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