« Quand tu marches, fais attention ; quand tu es assis, réfléchis ; quand tu es couché, médite ; quand tu es en colère, examine. » Proverbe cambodgien

Samedi 3 février, un peu avant huit heures du matin nous sommes dans le hall du Lucky Hostel, attendant la navette de ramassage pour le Sorya bus en direction de Siem Reap, à l’est de Battambang. Au rythme du pays, la navette arrive à l’heure où le bus devrait partir et une demi-heure plus tard nous sommes entourés d’Occidentaux en route pour environ quatre heures de trajet entrecoupées d’une pause.

A Siem Reap le bus s’enfonce dans une arrière-cour au sol éventré, un tuk-tuk nous y attend pour nous emmener dans un quartier tranquille où le charmant gérant d’Angkor Sweet Home nous accueille. Une véritable maison d’hôtes avec uniquement quelques chambres, nous sommes seuls au dernier étage et nous reposons un moment du trajet en bus avant de louer des vélos à un dollar pour nous rendre en centre-ville.

4 février 2018 | 15h45

Siem Reap River

4 février 2018 | 19h21

Street food on Pokombor Av.

Nous pensions au début visiter une partie du site archéologique d’Angkor en vélo. Mais vu l’état et la taille de nos montures, nous nous mettons à la recherche d’une location de scooter. Nous nous arrêtons pour questionner un occidental sur une moto, il s’avère que c’est un français qui vient régulièrement au Cambodge. Il nous confirme ce que nous avions déjà lu : il semble que la location de scooters aux touristes soit aujourd’hui illégale à Siem Reap – suite aux nombreux accidents de la route. Mais près du vieux marché, nous trouvons une agence de voyage devant laquelle sont garés plusieurs scooters avec une grande pancarte « Scooters to rent ». Dix dollars la journée, conservation d’un passeport comme d’habitude – car ici c’est à vous de payer les réparations sur le scooter si nécessaire et en cas de vol, votre passeport est probablement une monnaie d’échange pour le loueur – l’homme nous indique quand même une rue secondaire pour nous rendre à Angkor, la police étant plus présente sur la route principale.

Il nous reste à acheter nos tickets pour le lendemain – les billets ne sont pas en vente sur le site mais à une billetterie sur la route 60, à côté du Angkor Panorama Museum, ouverte de 5h à 17h. A partir de 16h30 il est possible d’acheter des billets pour le jour suivant. Nous nous séparons, Monsieur retournant poser son vélo pour aller chercher le scooter, moi pédalant vers le nord. La billetterie s’avère être beaucoup plus loin que ce nous pensions et j’arrive juste avant la fermeture, seulement j’ai pédalé pour rien ! Il faut une photo de chaque visiteur pour être éditée sur le ticket. Évidemment j’ai récemment vidé les médias mon téléphone pour faire de la place, tant pis nous nous lèverons plus tôt demain, retour à la case départ après une bonne dizaine de kilomètres à vélo. La circulation cambodgienne ? Même plus peur !

4 février 2018 | 20h45

Vers Pub Street

4 février 2018 | 21h10

Pub Street

Nous ressortons en scooter et nous installons au bord de la rivière pour déguster nos plats préférés : bons, copieux, pas chers, servis par les stands en bord de route. Nous rentrons après un tour dans la rue des bars et restaurants tellement touristique qu’elle s’appelle Pub Street.

Le lendemain nous quittons doucement notre auberge un peu avant cinq heures du matin, direction la billetterie où il y a déjà du monde faisant la queue devant les multiples comptoirs. Pris en photo à peine réveillés et délestés de $37 chacun – pour un jour, $62 le ticket trois jours, $72 pour 7 jours. Nous gelant littéralement sur le scooter – oui il peut faire froid au Cambodge – nous continuons vers le nord sur une route secondaire en direction de Sras Srang, un bassin où le lever de soleil pourrait valoir le coup d’œil. Nous ne le saurons pas car ayant observé sous les premières lueurs de l’aube le ras paysage nous nous décidons pour la foule d’Angkor Wat.

5 février 2018 | 6h29

Aube à droite d'Angkor Wat

5 février 2018 | 7h02

Lever de soleil sur Angkor Wat

Alors oui il faut être préparé à voir autant de personnes agglutinées si tôt le matin ! Il y a deux bassins devant le temple et celui de droite ayant un angle moins intéressant pour les photographies a aussi moins de monde – quoi que j’aime presque plus celle captée de ce côté, on voit moins la tour en rénovation. Mais tentant d’ignorer les attrapes-touristes proposant souvenirs et petit-déjeuners nous nous approchons du coin sud-ouest du bassin de gauche, sûrement le meilleur point de vue pour voir le soleil poindre le bout de ses rayons entre les tours du temple, ce dernier se reflétant dans l’eau au milieu des nénuphars.

5 février 2018 | 7h16

Singe à Angkor Wat

5 février 2018 | 8h02

Petit-déjeuner à Angkor

Nous avons un simple plan pris gratuitement au centre information de Siem Reap – à la billetterie et après tout est payant – sur lequel sont tracés les deux circuits connus. Le petit vous fait passer par les temples principaux, le grand en inclut environ cinq de plus. La plupart des gens visitent Angkor Wat après le lever du soleil puis commencent le circuit dans le sens des aiguilles d’une montre. Pour essayer d’éviter le gros de la foule, nous remettons à plus tard la visite d’Angkor Wat et partons… en sens inverse !

Nous revenons vers Sras Srang et nous accordons un gros petit-déjeuner avant de rouler vers Ta Prohm, temple de la fin du 12e siècle « construit sous le règne de Jayavarman VII comme monastère et université bouddhique sous le nom Rājavihara (le monastère du roi) » – nous dit Wiki, connu pour son alternance de pierres et d’arbres, dont les racines envahissent les lieux.

5 février 2018 | 8h50

Devatas ?

5 février 2018 | 9h02

Arbres Tetrameles

Le travail des archéologues sur l’ensemble du site est impressionnant. On voit sur le sol autour des temples reposer encore de multiples pièces de ce gigantesque puzzle historique. Fait notable à propos du site, comparé à celui par exemple de Sukhothai en Thaïlande, il est tellement grand que des Cambodgiens habitent à l’intérieur… Du moins ils devaient sans doute déjà vivre ici lorsque les contours du parc ont été dessinés. Traversant un bout de village, nous faisons une percée vers l’est, histoire de sortir un instant des sentiers battus, pour visiter presque seuls le temple hindouiste Banteay Samre dédié à Vishnou le protecteur.

5 février 2018 | 9h08

Travail archéologique

5 février 2018 | 10h01

Banteay Samre

De retour sur le petit circuit, nous escaladons Ta Keo, dont la construction commencée au début du 11e siècle s’est vu arrêter par l’accession au trône de Suryavarman Ier en 1010, après une guerre de neuf ans contre le roi en place, Jayaviravarman.

5 février 2018 | 10h48

Au sommet de Ta Keo

5 février 2018 | 11h19

Sras Srei à Angkor Thom

Nous passons sous la porte de la Victoire, cinquième porte d’entrée d’Angkor Thom, cité royale construite sous le règne de Jayavarman VII, dernier grand roi de l’empire Khmer de 1181 à environ 1218. Il semble que tous les temples du site soient entourés de remparts, généralement ouverts aux quatre points cardinaux. Dans l’enceinte d’Angkor Thom, nous roulons vers l’ancien emplacement du Palais Royal et marchons sur la terrasse du Roi Lépreux, le plus intéressant n’est pas sur la terrasse où trône une statue – enfin une copie, l’original est au Musée national du Cambodge – dont personne ne semble être d’accord ni sur l’identité, ni sur le pourquoi de son nom,  mais dessous où s’enchaînent de multiples bas-reliefs représentant le panthéon hindouiste : serpents nâgas, hommes-oiseaux garudas et autres créatures mythiques.

5 février 2018 | 11h27

Serpents Nâgas

5 février 2018 | 11h29

Sous la terrasse du Roi Lépreux

Sur la même lignée, plus au sud, se trouve la terrasse des Éléphants, nommée ainsi de par ses bas-reliefs sculptés tout le long des trois cent mètres de mur sur une hauteur d’entre trois et cinq mètres.

5 février 2018 | 11h30

Terrasse des Éléphants

5 février 2018 | 11h32

Éléphants en bas-reliefs

Juste à côté nous marchons un instant dans la forêt qui entoure le Baphûon, construit vers 1060 à la gloire de Shiva le destructeur, que nous ne regardons que de l’extérieur, il y a de plus en plus de touristes fourmillant entre les murs et nous commençons à être un peu fatigués des pierres et du soleil.

5 février 2018 | 11h46

Baphuon

5 février 2018 | 11h46

Puzzle Khmer

Nous hésitons devant le Bayon, temple centrale de la cité et dédié au Bouddah, qui est sublime à voir de l’extérieur également et nous nous décidons pour une pause face à ses multiples visages, dégustant à l’ombre des jus de fruits : banane et pitaya.

5 février 2018 |11h53

Ruines omniprésentes

5 février 2018 |12h03

Visages du Bayon

Entre midi et deux nous errons dans Angkor Wat, appréciant le peu de monde présent – les tours organisés notamment sont en pause déjeuner – qui nous permet d’accéder au sommet sans attendre les jusqu’à quarante-cinq minutes de queue annoncé ! Superbe vue sur les alentours depuis les tours du temple.

5 février 2018 |13h35

Détail d'Angkor Wat

5 février 2018 | 13h37

Sanctuaire central d'Angkor Wat

Cela fait déjà plus de dix heures que nous sommes sur le site quand nous ressortons d’Angkor Wat, bien décidés à rentrer à l’auberge pour une fin d’après-midi de repos après un tour au marché et deux nouveaux plats dégustés : poisson coco pour l’un, riz cacahuète pour l’autre.

5 février 2018 |13h18

A l'ombre d'Angkor Wat

5 février 2018 | 14h01

Tourisme à Angkor

Pour notre retour dans le sud nous souhaitions prendre le Giant Ibis bus dans la nuit du lundi, à la réputation tellement bonne qu’il n’y a plus de place deux jours avant. Nous réservons avec une autre compagnie, à la réputation extrêmement médiocre : Virak Buntham et nous décidons pour réserver tous nos futurs hébergements car comme pour le bus notre prochaine destination – Koh Ta Kiev – est remplie ! Tant pis pour l’île, nous resterons sur la côte.

6 février 2018 | 13h53

Marché aux fruits

6 février 2018 | 13h54

Vieux marché de Siem Reap

En attendant le départ du bus de nuit, nous passons le lundi matin dans la chambre, à travailler entre autres sur les photos pour cet article. A midi nous rendons les clés et retournons au marché pour manger au même petit restaurant qu’hier, fort sympathique et aux multiples choix : j’y goûte la version végétalienne d’un plat local, le Khmer Amok. Nous profitons de nos dernières heures de scooter pour faire un tour à l’extérieur de la ville qui semble bien plus peuplé qu’à Battambang. Après avoir rendu le scooter en fin d’après-midi, nous errons de nouveau dans le marché, achetant quelques vêtements. Après avoir siroté une bière près de la rivière nous retournons à l’auberge où notre linge est en train de sécher. Nou, notre aimable hôte, nous laisse prendre des douches et discute avec nous jusqu’à ce que la navette arrive. Il est bientôt 20h lorsque nous nous empilons dans des couchettes serrées où nous devrons essayer de dormir pendant les quatorze heures de trajet. Ronald ayant commencé une mini-série dans le précédent article, je le laisse vous raconter la suite de notre nuit folklorique !

Suite de notre mini-série :   « Dans le bus »…

 

Épisode mouvementé que cette épopée nocturne.

Comme tous les bus cambodgiens, celui-ci décolle aussi avec une bonne demi-heure de retard. Remplissage des bagages dans des soutes pleines à craquer, je décide de prendre ma guitare en cabine avant qu’ils me la plient en deux pour la faire rentrer !

Nous essayons la couchette, un peu top serrée en longueur, le bus quitte Siem Reap, la plupart des gens somnolent déjà.

 

Premier arrêt… Ça dure un peu, on attend, puis « Clang, Clang et Bim, Bam », le bus est secoué de gauche à droite car les chauffeurs ont, probablement officieusement, décidé de faire rentrer cinq grandes portes en bois massif par-dessus les bagages, autant dire que j’étais content que ma guitare pendouille en cabine !

Je sors fumer une clope avec deux Lettons morts de rire et les gens à moitié endormis qui se demandent ce qui se passe. On repart au bout d’une autre bonne demi-heure.

 

Second arrêt… La porte ne veut plus s’ouvrir ! On les regarde essayer pendant dix minutes en se demandant ou l’on a atterri, mais ce n’est que le début de soirée.

 

Nous roulons depuis à peu près deux heures effectives, le bus s’arrête de nouveau, que se passe-t-il ? Je descends, pipi dans la nuit, puis je vois un type sous le bus en train de boulonner dans le moteur, panne d’huile, OK.

Le petit gars connaît son job, donc temps d’attente classique, nous repartons joyeusement, la plupart des gens dorment au travers.

 

Un dernier stop, prévu cette fois ci, pause pipi – sauf qu’il n’y pas de WC, et m’arrêtant devant un buisson, estimant le petit fossé plein de détritus trop loin, je fais. Un gars me dépasse, trébuche et remonte la pente littéralement la queue entre les jambes et, au moment où l’on se rend compte qu’en fait il y a de l’eau sous les déchets et les feuilles (eh oui, il fait nuit tout de même), une autre passagère sur ma gauche est dedans jusqu’à la taille, les pauvres.

 

Avant que je sombre aussi, je me rends compte que le chauffeur roule quand même très, très vite, je me suis dit que ce devait être un BGV !

 

Le reste du voyage se passe bien, puisque je dors jusqu’à notre arrivée dans Sihanoukville  🙂

 

 

 

 

8 Comments on “« Quand tu marches, fais attention ; quand tu es assis, réfléchis ; quand tu es couché, médite ; quand tu es en colère, examine. » Proverbe cambodgien”

  1. : Il y aurait une statue d’un Georges à Siem Reap ? Elle nous a échappée ! 😉
  2. Alors ; première réponse : les touristes ont une forte tendance à être… blancs ! Bon il y a aussi les touristes du coin.
    Deuxième réponse : eh oui le site archéologique d’Angkor ne se résume pas à Angkor Wat, qui est juste le plus connu. Je ne crois pas me tromper en disant que le site s’étale sur plus de 400 km2. Si nous étions resté plusieurs jours sur Siem Reap, je pense que ça vaut le coup de prendre un billet sur sept jours pour ne pas tout manger en quelques heures et avoir le temps d’aller voir les autres temples. Il y a un autre site compris dans le billet au sud de Siem Reap également : Roluos. Donc pour le transport, c’est minimum un vélo !
  3. Première question : « il semble que la location de scooters aux touristes soit aujourd’hui illégale » . Comment reconnaissent ils les touristes hé hé ha

    Deuxième : Ankor a l’air immense !? c’est quoi la taille totale ? Etiez vous obligés de prendre le scooter ou tout se fait à pied ?
    Moi j’étais resté à la photo d’Ankor Vat qui trône dans la cuisine de ton grand père 😉
    Je comprend que pour les fans ils prévoient un billet sur plusieurs jours.

    Merci pour ce long article très détaillé et pour la mini-série aussi . Je prévois un autre moment uniquement pour les photos.

    Take Care
    Uncle Marc
    PS: Et content d’apprendre que Loulou rentre au bercail 😉

  4. BIEN LU ET BIEN CONTENT POUR VOUS…EST CE QUE MA STATUE EST TOUJOURS EN PLACE A SIEM RAP ?????PARMI LES FROMAGERS ET LES RUINES KHMER… BONNE CONTINUATION ET BISES A VOUS DEUX
  5. Mais sans douleur, alors nous allons j’espère continuer de rebondir ! 😉
  6. Merci, merci ! Il a été long a rédiger celui-ci (en retard sur les publications nous ? Noooon !)
    Nous étions rentrés en contact avec Lucile mais n’avons pas eu de nouvelles après, logique puisque elle n’est finalement pas venu au Cambodge. Nous vous souhaitons de bonnes retrouvailles, elle a sans doute des milliers de choses à raconter !
    Bises à vous quatre (oui bises d’Australie 😛 )
  7. Magnifiques photos Claire ! Merci beaucoup vos récits pleins de détails rendent la lecture plus vivante, l’épopée du bus m’a bien fait rire…
    Lucile arrive demain à Amsterdam, son séjour en Asie s’est déroulé finalement entre les Philippines, le Vietnam et la Thaïlande. Dimanche prochain nous aurons la joie de la retrouver après plus d’un an d’absence !
    J’imagine que vous êtes arrivés en Australie et vous souhaite de belles découvertes !
    Bisous à vous deux

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